CHU éphémère

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Le rapport à l’image de soi n’est pas toujours évident, surtout lorsque l’on appartient à une part marginalisée de la société. Des barrières peuvent alors s’immiscer entre le photographe et son sujet. Cette question du travail photographique trop intrusif s’est posé lorsque j’ai débuté ce projet au sein du Centre d’Hébergement d’Urgence éphémère. J’avais la conviction qu’il fallait se détacher de cette vision du photographe équipé d’un appareil reflex, d’un objectif imposant, souvent à la recherche de l’image choc que l’on peut voir régulièrement à travers les médias.
J’ai mis en place un dispositif qui, sur la base du volontariat permettait de mettre en place un réel échange et une relation de confiance. La Street Box Camera est un appareil qui rend curieux, par sa taille et le processus de développement que l’opérateur effectue à l’intérieur de cette dernière. L’enjeu était pour moi double : donner un tirage noir et blanc et présenter le dispositif de manière pédagogique à un public qui ne dispose pas toujours de connaissances sur la photographie argentique.
À l’heure où l’image s’intègre majoritairement dans un flux continu et immatériel, la lenteur d’un tel procédé devient primordiale. Paradoxalement ce portrait posé relève aussi de l’instantané puisque la personne part avec une image d’elle. Le tirage devient alors un objet singulier rempli de son histoire. Le format et la matérialité de la photographie prend son sens, fait de cette image un objet du quotidien qui se glisse dans un porte-monnaie ou s’accroche à la porte d’un réfrigérateur.
J’ai invité les personnes à écrire sur leurs expériences, la trace écrite s’associe au tirage et établit un dialogue entre le photographe et l’individu.
L’ensemble est photographié comme un objet, les jeux d’ombres affirment cette matérialité et traduit le processus dans sa globalité.

Projet réalisé dans le cadre d’un partenariat entre l’ENS Louis-Lumière et ICF habitat au centre d’hébergement d’urgence éphémère géré par SOS Solidarité